On se cultive

Americanah de Chimamanda Ngozi Adichie

Ma collection d’Adichie.

523 pages. C’est la première fois que je lis un roman aussi long! Pourtant, les nombreuses pages ne m’ont absolument pas découragé. 523 pages où on voyage et on savoure une histoire qui nous fait transporter dans trois pays : le Nigéria, les États-Unis et l’Angleterre.

Americanah est le troisième roman de Chimamanda Ngozi Adichie. Traduit en 30 langues et récompensé par de nombreux prix, l’auteure donne du renouveau à la littérature africaine.

Qu’est-ce que une « Americanah »?

Je vais vous le spoiler. Comme les fans de The Walking Dead n’arrêtent pas de spoiler la série depuis ce début de semaine, alors pourquoi pas moi? 🙂 Une americanah est une fille qui quitte le Nigéria pour s’installer aux États-Unis. Après avoir vécu un certain temps au Nigéria, elle s’américanise. Dans ce roman, l’americanah est Ifemelu.

– Chapitre XVII , p.199 :

 «  Ifemelu décida de cesser de prendre l’accent américain un jour ensoleillé de juillet, le jour où elle rencontre Blaine. Un accent convaincant. Elle l’avait perfectionné en écoutant avec attention ses amis ou les présentateurs des informations, avec les t voilés, le roulement crémeux des r, les phrases qui commençaient par « donc » et la réponse susurrée « Oh, vraiment », mais c’était un acte conscient, un acte de volonté. »

Peut-être s’américanise-t-elle un peu trop? Ifemelu, personnage principale du roman quitte le Nigéria pour poursuivre ses études chez Tante Uju à Philadelphie. Obinze, son amoureux, n’est pas inquiet. Il va la rejoindre. Visa refusé, il tente sa chance en Angleterre. Expulsé, direction Lagos. Il travaille désormais dans les affaires. Le contact entre les deux amoureux est rompu. Quant à Ifemelu, après plusieurs galères elle devient une blogueuse très sollicitée dans le milieu universitaire. En tant que noire, qui plus est africaine, elle analyse un racisme ordinaire dans cette amérique. Son blog Raceteenth traite des problèmes de races aux États-Unis.

L’auteure nous fait prendre conscience que quitter son pays natal pour se « chercher » en Amérique n’est pas chose facile. En effet, au Nigéria, Ifemelu ne se posait pas la question d’être noire. Tandis que, dans le pays de l’oncle Sam, la race et la classe sociale ont une importance considérable dans la société.

Discrimination à l’embauche, racisme : il faut s’adapter. Perdre son accent africain? Perdre son identité pour mieux être intégré dans la société? Ifemelu rentre chez les siens.Quinze ans aux États-Unis et toujours une Amérique meurtrie par les problèmes raciales.

Je vous recommande ce roman entre rire et questions sociétales vous allez être servi!

Ça se passe chez moi

Eternelles balafres : des cicatrices à ciel ouvert

L’apparence et l’homme font un depuis la nuit des temps.

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© Joana Choumali

Très vite, tout au long de notre vie on se soucie de notre apparence pour s’auto-satisfaire. Mais l’apparence ne se limite pas seulement qu’aux vêtements. Les scarifications ou les balafres font également parties de la beauté dans de nombreuses ethnies africaines. Quelles soient imposées ou volontaires, les scarifications détiennent de nombreuses significations: carte d’identité, embellissement, reconnaissance sociale, vertu mystique etc… Elles se font rare aujourd’hui car perçues comme dépassées.

De nombreuses ethnies se balafraient le visage en Afrique telles que les mossi et les ko au Burkina Faso, les yorubas au Nigéria et bien d’autres encore. Hors du continent, certains papous avec l’aide d’une lame de cutter  se scarifient le dos en forme d’écailles de crocodile pour obtenir sa force.

Jeune tchadien de l'ethnie sara.
Jeune tchadien de l’ethnie sara.

Les balafres pourraient en effrayées plus d’un. Mais elles racontent une histoire, une beauté. Au Burkina Faso, il y a longtemps, durant l’esclavage les hommes libres devaient être identifiés comme tel afin de ne pas être confondus avec les esclaves. Cette différenciation était mis en exergue afin que les négriers ne puissent pas les prendre en tant qu’esclave pour les envoyer en occident. Alors, chaque groupes ethniques non-libres se balafraient de manières différentes, ce qui permettait de savoir de quelle ethnie parvenaient telles ou telles personnes grâce aux différentes sortes de scarifications.

Je vous invite à regarder ce documentaire très instructif (âme sensible s’abstenir) :

Ça se passe chez moi

#JesuisNigériane

Dimanche 18 janvier 2015 a eu lieu à l’Esplanade du Trocadéro, à Paris une manifestation pour dénoncer les assassinats perpétrés par la secte Boko Haram au Nigéria.

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©LP/PHILIPPE LAVIEILLE

Comment le Nigéria, première puissance économique d’Afrique et doté d’une culture mainstream dans tout le continent peut-il être submergé d’attaques meurtrières au quotidien par une secte?

Depuis 2002 maintenant ce groupe arrache la vie d’innocents pour leur propre intérêt. Ce serait en vertu de l’islam qu’il agirait ainsi. A mon sens non. L’islam qui défend des valeurs telles que la paix, la tolérance, le partage et l’entraide ne peut être assimiler à Boko Haram. Il n’existe qu’un seul islam et non pas un islam spécifique à des criminels.

Qui leur fournit des armes? Comment un groupe d’hommes arrive-il à semer la zizanie au Nigéria et peut-être bientôt dans toute l’Afrique?

On se cultive

Nollywood Story

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« Today na Today », « Wahala«  voici les mots qui me surviennent à l’esprit lorsque l’on parle du Nigéria, sans oublier le fameux Jollof Rice.

Evidemment, je ne peux faire l’impasse sur le phénomène Nollywood. Aujourd’hui le Nigéria c’est 1: la première puissance d’ Afrique, 2: le deuxième producteur de film au monde, 3: environ 50 films produits par semaine, 4: de la bonne musique naija qui nous fait vibrer les oreilles et pour finir 5: un des pays les plus peuplé au monde.

Tout ça rien que pour le Nigéria NA WA OH   !

Bref, le Nigéria a su imposer sa culture mainstream dans tout le continent notamment par ses films et sa musique afrobeat.

Pourquoi tant de convoitise pour ce cinéma ?

D’une part, les films nigérians ont réussi à traverser les frontières au delà des limites nigérianes. Oui oui, cet art populaire plaît par son authenticité. Cette culture mainstream locale est aujourd’hui sollicitée et appréciée dans tout le continent africain et sa diaspora. La mondialisation culturelle domine souvent sur la diversité culturelle, mais Nollywood a su se distinguer en diffusant sa propre production cinématographique et ceci uniquement qu’avec des milliers d’euros et peu de salles de cinéma au Nigéria.

D’autre part, le cinéma nigérian crée une émotion. En tant qu’africaine, lorsque je regarde leur film je ressens un effet de proximité. Tout simplement car ce cinéma traite de sujets africains, des mœurs africaines en l’occurrence : la sorcellerie, la trahison, la rivalité, le mystique … Ce melting-pot de sujet  accompagne l’ africain au quotidien de près comme de loin.

J’espère que ce cinéma pourra émerger et fleurir au niveau internationale car il le mérite amplement malgré la  piraterie qui jaillit en Afrique.